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puce Sommaire des articles de cette rubrique

   

puce Le Dragon !! (le 08/01/2007 à 21h40)

   Origine du dragon  

Une hypothèse sur l'origine des dragons remonterait aux premières civilisations.
Les habitants auraient trouvé des ossements de dinosaures.

Ce serait comme cela que les légendes sur les dragons seraient apparues.

Cependant, cette théorie n'explique pas l'universalité du mythe,
puisqu'il est assez rare de trouver ces fossiles à l'air libre, dégagés par l'érosion.

De manière plus problable, les dragons apparaissent, sous une forme ou une autre, en même temps que les autres monstres de l'imaginaire.

Les plus anciennes traces connues remontent à 6 000 ans environ,
dans une tombe du Henan, en Chine :

Formée de coquillages,
sa forme se détache nettement aux côtés du défunt.

La découverte de cette tombe ne datant que des années 1980,
il est possible
que d'autres recherches archéologiques
trouvent au monstre une origine
plus ancienne, dans un futur proche.

Cependant, il s'agit là d'une figure religieuse imaginaire, tout comme le sont le sphynx, les sirènes ou toute autre créature fabuleuse.

 

Sphinx                                 Sirêne

Celles-ci s'appuient davantage sur des espèces animales existantes,
que l'homme hybride à sa fantaisie,
que sur la découverte d'un squelette
gigantesque de dinosaure.

On trouve ainsi des monstres aux formes semblables,
mais néanmoins différents,
dans presque toutes les cultures antiques,
et ces mythes se sont par la suite
"contaminés" les uns les autres,
pour s'approcher de la figure actuelle,
désormais universelle.

   Apparence et symbolique  

Animal fabuleux, héros maléfique ou bienfaisant de nombreux récits et légendes,
objet de culte, de terreur sacrée ou de lutte acharnée, le dragon a marqué
de son empreinte presque toutes les civilisations.


Le dragon est formé d'un corps ressemblant à un crocodile,
mais plus souvent à un reptile; ensuite viennent des ailes et des griffes.



En se basant sur les écrits hébraîques,
le serpent est le symbole du Mal;
les ailes sont un symbole de puissance et d'influence.

Les griffes donnent une information sur le côté animal,
bestial de la créature.


Il est à noter que paradoxalement:

 Les dragons orientaux ont soit trois griffes, soit cinq griffes pour une patte.
En Chine, les dragons impériaux ont cinq griffes, et les subalternes trois.
Au Japon, c'est l'inverse.

Il existe à ce sujet une amusante polémique sur le nombre de griffes
relative à l'éloignement de l'un de ces deux pays.

Il est symboliquement relié aux éléments
(les quatres éléments de la tradition occidentale, mais uniquement aux éléments des directions Est (Chine, ennemi du Phénix) et Ouest (Japon) de la tradition orientale :

- Par son caractère reptilien, le dragon appartient à la terre,
 et il vit souvent dans grottes et cavernes,



- Mais il est souvent décrit dans un habitat plus aquatique,
 fleuves ou
mers,
 
voire de gros nuages d'orage; certains crachent même des torrents d'eau, comme la fameuse gargouille.



- souvent pourvu d'ailes, il appartient aussi au monde aérien; le dragon chinois est également maître des cieux, bien qu'aptère.



- quant au fait que, le plus souvent, il crache du feu,
 comment s'en étonner,

 lorsqu'on a pu voir des fleuves de lave incandescente,
 filmés par Haroun Tazzief,

 par exemple, dévalant une pente dans la nuit,
 et évoquant indiscutablement

 les contorsions d'un dragon furieux !


Les dragons sont des créatures magiques
d'une formidable puissance.

Presque toujours dotés de parole,
ils peuvent être de très puissants magiciens,
prendre figure humaine,
séduire les humains par le son de leur voix…

Ils sont parfois considérés comme étant
d'une espèce supérieure (et antérieure)
à toutes les autres créatures mythologiques et à l'Homme.

Dans les légendes de l'Inde et de tout le Sud-Est asiatique,
des dragons à tête humaine surmontée d'un capuchon à tête de cobra,
les Nâgas, sont les habitants du domaine souterrain où ils gardent jalousement
les trésors de la Terre.


Nagas

Ils ont pour ennemis naturels des vautours mythiques appelés Garudas,
dragons aériens opposés aux Nâgas, dragons des eaux et de la terre.

Garuda

Mais Nâga et Garuda ne sont en fait que deux incarnations de Vishnu,
les deux aspects de la substance divine, en qui ils se réconcilient.

Vishnu

Et ce n'est pas un hasard si le Dragon est tant vénéré en Chine,
pays du Tao ou voie du milieu.

Céleste et chtonien, gardien des eaux,
crachant le feu, à la fois Yin et Yang,

le Dragon chinois réunit les principes opposés de l'univers :
le feu et l'eau, le ciel et la terre.

   Les trois « âges du Dragon »   

On peut distinguer trois grandes étapes dans l'histoire des croyances
liées au Dragon, trois « âges du Dragon » dans l'histoire des hommes,
correspondant aux stades successifs de Dragon cosmique,
c'est-à-dire Dragon, force de la nature et par là même Dragon-Dieu ;
de Dragon-gardien, principe qui veille et qui protège ;
et de Dragon maléfique, force du mal.

Dragon cosmique, à la fois ange ou démon, serpent et oiseau…
Conflit mythique qui a toujours hanté l'imagination des hommes.

Certaines légendes s'arrêtent à cette opposition.
Ainsi il a été découvert une gravure préhistorique
représentant le combat
de l'Oiseau et du Serpent se disputant l'Œuf du Monde.

On retrouve en Égypte le combat entre Horus,
le soleil mais aussi le faucon,
et Typhon (ou Seth), le Dieu Serpent.

                  

Horus               Seth

En Inde, le serpent Kāliya combat Krishna.
De même le soleil aztèque s'oppose au serpent.
Dans la mythologie égyptienne, Apophis, le dragon des Ténèbres,
était vaincu chaque matin par Rê, le dieu du Soleil.


Représentation du combat entre Apophis et Rê

En revanche, d'autres mythes réunissent ces deux forces,
 primitivement antagonistes, en un être hybride,
 appelé « serpent à plumes »,
comme Quetzacoatl, ou « dragon ».




   Le dragon cosmique   

 Puissance de la nature et symbole de la régence
Puissance du ciel en Chine

Les dragons font partie des mythes fondateurs de la civilisation chinoise,
et ils sont souvent à l'origine des Dynasties.

Le cycle des exploits de Yu montre par exemple comment cet empereur mythique
organise son empire avec l'aide décisive d'un dragon ailé.

Tous les empereurs de Chine ont régné sous le signe du Dragon,
et ils étaient même considérés comme « Fils du Dragon » ayant reçu
le « mandat du ciel » :

Leurs vêtements de parade, comme les murs de leurs palais,
étaient abondamment décorés de Dragons à 5 griffes, (les hauts dignitaires devant se contenter de dragons à 3 ou 4 griffes), et il n'était pas rare qu'un empereur envoie en présent à un chef rebelle qu'il n'avait pu vaincre par la force,
une somptueuse robe brodée de dragons.

Ce dragon est la manifestation de la toute-puissance impériale :

la « Face de Dragon » désigne l'empereur, la « Perle du Dragon »
la sagesse du chef, la perfection de sa pensée et de ses ordres.

Mao Zedong dit un jour, paraît-il :
« On ne discute pas la perle du dragon ».

Voulait-il faire entendre que la perfection ne peut être connue,
ou simplement qu'il n'était pas souhaitable que sa pensée soit remise en cause ?

En 1894, ce n'est pas si lointain,
le gouverneur de la Province de Moukden
aurait interdit la construction d'un chemin de fer :
On croyait en effet qu'un dragon vivait sous terre à cet endroit,
et l'on craignait que les trains
ne lui brisent la colonne vertébrale…

De nombreux dragons hantent le ciel de la Chine.

Certains poursuivent inlassablement le Soleil et la Lune,
provoquant les éclipses.

Il est intéressant de noter qu'astronomiquement,
la tête et la queue de la constellation du Dragon
sont les nœuds de la lune, les points où ont lieu
les éclipses.

  

Un grand dragon de feu conditionne
de ses humeurs la vie en Chine.


Il ouvre les yeux et c'est le jour, il les ferme et c'est la nuit.
Son souffle provoque les tempêtes.
Le tonnerre est une manifestation de sa colère,
ou de ses combats avec
d'autres dragons.

Toujours en Chine, les dragons jouent également un rôle essentiel
dans l'agriculture.

Gardiens des eaux, ils sont plutôt bienfaisants,
mais ils peuvent être maladroits,
se tromper de tâche, s'endormir, voire même s'enivrer,
et c'est alors la catastrophe :

Le fleuve déborde, la tempête ravage les côtes,
ou bien, au contraire,
les sources tarissent, la sécheresse menace.

Il faut alors les rappeler à l'ordre, ou même les punir :
si la pluie tarde trop malgré les prières, on sort la statue du Dragon
hors de son temple pour l'exposer au grand soleil :
car il est bien connu que les Dragons n'aiment pas trop le soleil...

Le Dragon représente aussi le cycle de la végétation.
Il est figuré par l'hexagramme K'ien,
principe du ciel et de la création,
et dont les 6 traits pleins représentent les 6 étapes de la manifestation :

- La première de ces manifestations est le "dragon invisible",
à l'image de la
semence enterrée,
le pouvoir de la création non encore exprimé
e.

- La deuxième est nommée "dragon des champs",
 à l'image du germe qui croît,

 mais n'est pas encore visible.

- La troisième se nomme "dragon visible",
 et symbolise le germe apparaissant

 hors de terre.

- La quatrième est le "dragon bondissant" :
 la plante croît et donne ses fruits.

- La cinquième est dite "dragon volant",
 à l'image des graines et pollen
qui essaiment.

- La sixième enfin est le "dragon planant",
 c'est l'esprit qui ordonne le tout,
 le roi-dragon céleste.

On retrouve cette association du dragon avec l'élément eau
et le cycle végétal dans le festival des bateaux dragons, qui se déroule
sur les lacs de certaines provinces chinoises, en souvenir du suicide en
290 av. JC, du poète Qu Yuan, désespéré de ce que ses talents
ne soient pas reconnus par le roi.


Festival des Bateaux Dragons

Cette cérémonie-souvenir est également liée au temps du repiquage
des pousses vertes du riz, qui a lieu à la même époque,
après les grandes pluies de printemps.


   Dans la Légende Arthurienne  

On retrouve d'ailleurs cette assimilation du dragon à la toute-puissance
du Chef en Bretagne, avec le Roi Uther (père d'Arthur) surnommé « Pendragon »,
ou « tête de dragon ».


Roi Uther, Pendragon

Restons en Bretagne un instant, pour évoquer Merlin l'enchanteur,
dont la sagesse était légendaire dès l'enfance.


Merlin (Excalibur the Movie)

Le tyran Vortigern, celui-là même qui avait exilé Uther Pandragon
et ses frères, pour usurper leur trône, voulait bâtir une forteresse imprenable.


Représentation d'époque Merlin et Vortigern

Or, malgré tous les efforts de ses ouvriers,
et les invocations de ses mages,
l'édifice s'écroulait à peine sorti de terre,
et de ses fondations s'élevait
une clameur terrifiante.

Un sacrifice humain s'imposait pour conjurer les mauvais esprits,
et Vortigern allait condamner le jeune Merlin, que sa naissance illégitime désignait comme victime idéale,
lorsque celui-ci lui donna la solution :

« Il y a dessous le sol, juste au point où la construction doit prendre appui, deux dragons énormes.

Lorsqu'ils commencent à éprouver sur eux le poids de la bâtisse,
ils s'agitent, et les murs s'écroulent. »
Le tyran fit creuser plus profond,
et l'on découvrit
deux dragons, l'un rouge et l'autre blanc,
qui, sitôt mis à jour, s'affrontèrent
en un terrible combat, que gagna finalement le Dragon Rouge.

Merlin donna alors la signification de ce combat :
" Roi, je te dirai que ces dragons représentent,
le rouge, la nation Bretonne,
le blanc, toi, Vortigern.

Ce pays, tu le possèdes indûment.
Mais le Dragon rouge est en route, malheur au Dragon blanc,
car il court sa perte."

Nous retrouvons ces dragons habitant la terre dans les légendes concernant Mélusine, et, plus généralement, la Vouivre.

Vouivre

La terre, elle-même, a longtemps été comparée à un dragon, et les anciens
nommaient Veines du Dragon ces courants telluriques qu'ils essayaient de concentrer en y élevant pierres levées et monuments.

   Le dragon-gardien 

Le gardien des trésors 

Le rude combat qui mettait en lice dragon et soleil
(symbolisé par le lion, dans la tradition perse),
serpent et oiseau,
retraçant sans doute le combat
que livraient nos premiers ancêtres contre les éléments,
cède peu à peu la place
aux grands exploits mythiques
peuplés de dragons gardiens de trésors,
et dont les demi-dieux ou héros deviennent les acteurs.

Du Proche-Orient à la Chine, de l'Irlande à la Méditerranée,
le monde des traditions et légendes est peuplé de veilleurs et gardiens mono ou multicéphales, munis d'écailles, de griffes et d'ailes, crachant le feu ou les vapeurs mortelles,
et montrant la garde des trésors que seuls
les plus courageux essaieraient de leur ravir.

Dans l'Antiquité, au Proche-Orient, le dragon symbolisait le mal
et la destruction.
Cette conception se retrouve, par exemple,
dans l'Enuma Elisha, œuvre épique de
la littérature mésopotamienne (v. 2000 av. J.-C.).

Incarnation des océans sous forme de dragon,
la déesse Tiamat, l'un des
principaux personnages de cette légende,
commande aux hordes du chaos et son anéantissement précède
l'apparition de l'univers ordonné.


Tiamat

La mythologie grecque nous dresse un arbre généalogique
particulièrement fourni en dragons.

Echidna engendra d'une première union avec Typhon aux cent têtes de dragon, Chimère, Cerbère, le chien aux trois têtes des Enfers.


Cerbère enchainé par Héracles

Puis elle s'unit à Orthros, et enfanta,
entre autres monstres, le Sphinx,
le Lion de Némée, Ladon, gardien du Jardin des Héspérides,
et l'Aigle de Prométhée.


Echidna représentation de Disney

Le héros présentant le plus beau tableau de chasse
est sans doute Hercule qui,
au cours des 12 travaux que lui imposa Héra,
rencontra, entre autres,
plusieurs de ces monstres que je viens de citer.

Ces dragons qu'affrontent les héros personnifient
parfois des dangers naturels,
tels Charybde et Scylla le détroit de Messine,
ou le dragon gardant le jardin des Hespérides, qui personnifie le Gulf-Stream entourant ces îles, ce grand serpent de la mer, ou grand dragon des océans, tels que le connaissaient toutes les traditions de navigateurs : Vickings, Danois, Saxons, Celtes.

Ce trésor que gardent les dragons, quel est-il ?

Souvent enfoui au fond d'une caverne,
symbole du cœur caché de la Terre,
de la matrice où le héros, doit mourir pour renaître,
ou caché au fond des mers,
le trésor (qu'il soit, selon les légendes, or, pierres précieuses
ou Pierre du dragon,
perle ou autres joyaux, Œuf de serpent ou oursin des mers)
représente la vie intérieure.

Les dragons qui gardent ces trésors,
gardiens féroces d'un lieu interdit
au profane, ne sont que les images de nos désirs
et de nos passions qui nous empêchent d'accéder
à ce qu'il y a au plus profond de nous.

Descendre dans l'antre du Dragon, c'est sans doute descendre
au fond de nous même pour nous préparer à recevoir la lumière.

L'or, métal réputé inaltérable et pur, symbolise souvent sous différentes formes cette lumière, ce trésor à découvrir en nous-même.

Dans la mythologie grecque,
il apparaît sous la forme des pommes d'or
du Jardin des Hespérides que parvient à dérober Héraklès.


Le Jardin des Hespérides
et ses pommes d'or

Les pierres précieuses, autre forme de trésor enfoui au fond de l'antre du dragon,
ne seraient-elles pas le pâle reflet de cette pierre symbolique :
« pierre cachée des Sages », ou « pierre brute » ?

Dans la tradition chinoise, le dragon veille sur la perle miraculeuse
qui renferme la sagesse et la connaissance, pure comme l'or,
symbole de perfection spirituelle
et d'immortalité.


Ce trésor est associé à la vie, à l'énergie vitale,
à la lumière, au bonheur, à la
vertu, à tout ce qui est positif et digne d'être recherché.

Dans l'Évangile de saint Matthieu,
la perle figure le Royaume des Cieux.
Elle « ne doit pas être jetée aux pourceaux » :

Une autre manière de dire que la connaissance
ne doit pas être livrée
inconsidérément à ceux qui n'en sont pas dignes,
ou qui n'y sont pas préparés.

Le christianisme a repris ici à son compte,
comme tant d'autres choses, cette éternelle mise en garde à l'égard
de celui qui accède à une connaissance sans y avoir droit
( y être préparé),
ainsi qu'à l'égard de celui qui, tel Prométhée,
dévoile sans permission cette connaissance aux profanes.

La perle du dragon rappelle aussi l'escarboucle
que porte au front la Vouivre,
et qui lui permet de voir et de se diriger.

La mission essentielle du Dragon-gardien de trésor
est de tuer tous ceux qui convoitent celui-ci,
et qui ne possèdent pas un cœur assez pur.

Seul le héros, celui qui a été élu par les Dieux,
du fait même de sa sincérité
et de la pureté de son cœur, pourra, grâce à des artifices,
et souvent grâce à l'aide
d'une femme, s'emparer du trésor et accéder
à l'immortalité de l'âme et à
la Connaissance suprême.

On retrouve ce thème dans l' Ancien Testament
lorsque Dieu, après avoir chassé
Adam et Eve du Paradis Terrestre,
fait garder l'arbre de la connaissance
du Bien et du Mal par des Chérubins, autrement dit, d'après leur étymologie
grecque, des Griffons.


Griffons

L'effigie de ces griffons gardait l'Arche d'Alliance
renfermant les Tables de la Loi.

En tant que gardien de trésor, le dragon préserve
ce qui est essentiel dans les êtres et les choses.
Le secret qui ne peut être révélé qu'à l'issue d'un affrontement
entre celui qui le recherche et celui qui le garde caché aux regards
des hommes ordinaires.

Et en fait, étymologiquement, le dragon est lui-même « regard » :
le mot grec Drakon vient de derkomai, regarder ou fixer du regard.
Certains dragons sont caractérisés par leur regard.

Le serpent, le plus « simple » des dragons, celui du Jardin d'Eden
et qui a survécu jusqu'à nos jours, fixe sa proie du regard
et la rend incapable de fuir.

Le regard de la gorgone Méduse tue
(ou pétrifie, selon la tradition) ceux qui le
rencontrent.

Celui qui regarde, qui voit tout (Argos aux cent yeux, par exemple), possède la puissance, et peut surveiller, garder, le royaume ou le trésor qui lui est confié.

Les Parthes, au IIIe siècle avant J.C., avaient donné
à leurs troupes de cavaliers-archers chargés de surveiller
les frontières le nom de dragons,
et ce nom fut repris en France par des troupes royales,
dont les expéditions punitives en pays protestant,
sous le règne de Louis XIV, sont restées tristement
célèbres sous le nom de dragonnades.

    Le gardien des connaissances   

L'image du Dragon comme « voyant universel »
nous renvoie à
la connaissance mystique.

Celui qui regarde révèle celui qui est regardé.
Le regard du Dragon devient le symbole de la révélation.
Le dragon est le miroir qui renvoie à l'homme
l'image de sa nature cachée.

Il est difficile de ne pas évoquer aussi Python,
cet autre dragon qui ne dévoile la
connaissance à celui qui vient l'interroger à Delphes
que par les révélations « hermétiques » de sa prêtresse.

Le dragon maléfique

l'incarnation du Mal

L'évolution schnak du dragon cosmique
au dragon gardien se prolonge
dans une véritable escalade.

Le gardien devient actif, il rançonne les passants,
exige des sacrifices, terrorise et ravage des pays entiers.

Devenu méchant, destructeur, maléfique,
le dragon-serpent peuple les contes.

Certains évènements historiques alimentèrent cette image :

L'arrivée de dragons envahisseurs.
Ils arrivèrent par la mer,
(ce qui n'étonna personne, à une époque
où les navigateurs pouvaient
lire sur leurs cartes marines :

« au-delà de cette limite, habitent les dragons… ») :

- Vikings venus du Nord sur leurs Drakkars
et Snekkars à têtes de dragons
ou de serpents.

- Par la terre, Mongols et Tartares venus de l'Est,
avec leurs étendards décorés de dragons.

Le christianisme a intégré cette peur du dragon,
en transformant sa signification.
Il devint le symbole de tout ce qui est opposé au christianisme,
le symbole de la barbarie, de la Bête maléfique,
incarnation de Satan et du paganisme.

Déjà illustré depuis des millénaires, en Mésopotamie,
et en Égypte, en Chine
(où le dragon est, au même titre que les fleurs de cerisier
ou les bambous, un sujet favori pour les peintres chinois,
dont certains, comme Ch'en Jung, lui ont consacré leur œuvre),
le dragon deviendra, avec le thème de l'Apocalypse,
 
une source inépuisable d'inspiration pour les artistes.

L'art qui s'en inspire fait du dragon l'image du péché et du paganisme,
dont triomphent avec éclat les saints et les martyrs.

Les personnages apocalyptiques sont surtout illustrés dans les sculptures des
chapiteaux et des porches d'églises.


Les dragons ornent souvent les majuscules et les fins de lignes
des Psautiers enluminés.
On ne compte plus les tableaux représentant saint Michel ou saint Georges terrassant le Dragon.

L'Apocalypse de Jean décrit le combat du Dragon, et de la Bête de la Terre
contre l'Agneau divin.

Le dragon est enchaîné pour mille ans, puis revient le temps de l'ultime combat,
et le dragon vaincu cède sa place au règne définitif de Dieu.
Ce combat entre l'Agneau, Verbe triomphant, sauveur, et le dragon qui incarne
Satan, symbolise le combat livré par l'homme à lui-même afin de maîtriser ses
tendances destructrices et régressives.

Sa puissance demeure, mais il n'est plus invincible :
Il n'est plus que l'adversaire du bien, destiné à être détruit.
Le devoir des Chevaliers est de le terrasser.

Champion de la foi chrétienne, le chevalier doit être un preux, courageux
et au cœur pur.


Indifférent aux biens matériels, il ne possède que son cheval et ses armes,
qu'il conquiert grâce à ses victoires.

Les vertus acquises résident dans l'être, non dans l'avoir.

En ce sens, le combat contre le dragon représente une épreuve initiatique.

Le dragon symbolise l'adversaire le plus fort, le plus merveilleux que
l'on puisse combattre.

De même, l'enjeu du combat est souvent capital pour le héros :

- Délivrance d'une princesse inaccessible,
- Acquisition d'un objet au pouvoir puissant,
- Reconnaissance éternelle des populations délivrées.

Cet enjeu incarne le but de la vie du chevalier où priment l'absolu et les vertus
cardinales (courage, maîtrise de soi, etc.) qui doivent lui permettre d'arriver
à cette liberté intérieure qui résume l'idéal chevaleresque :
- Valeur et pureté absolues.

La valeur établit la dignité de l'homme nouveau, de l'initié.
La pureté est indispensable, elle seule lui donne accès au trésor,
à la connaissance de sa propre nature.

Ainsi, celui qui affronte le dragon avec succès devient-il ce qu'il est,
atteint-il sa réalisation pleine et entière.

Dans un registre semblable, l'Hagiographie chrétienne rapporte des histoires
où des religieux (ermites, moines, saints, etc.) arrivent à dominer des dragons
souvent par la seule force de leur prière et l'aide
d'un simple objet (corde, écharpe) :

En-dehors de l'aspect pédagogique présentant la victoire du Bien sur le Mal,
cette action n'est possible que grâce à l'intégrité des saints, qui montrent ainsi
par leur vie exemplaire qu'il est possible de combattre aussi bien les forces
naturelles que surnaturelles.

Nous pourrions donc dire pour conclure que,
le dragon possède différentes significations et différentes apparences
suivant les cultures.


  Filmographie   

  • Le Dragon du Lac de Feu (1981) : L’abominable pacte conclu entre un roi et un dragon prêt à tout pour conserver son trône en échange de sacrifices.
  • Coeur de Dragon (1996) : Au Moyen Âge, l'amitié improbable entre un chevalier de l'ancien code et le dernier des dragons.
  • Donjons & Dragons (2000) : Une aventure épique inspirée du célèbre jeu de rôle.
  • Le rêgne du Feu (2003) : au début du XXIe siècle, des travaux dans Londres réveillent les dragons qui envahissent la terre et détruisent toute la civilisation humaine. Seules quelques poignées d'hommes résistent.
  • Donjons & Dragons , la puissance suprême : Le film (2006) : Aventure épique inspirée du jeu de rôle du même nom.
  • Eragon (2006) : Film de style fantasy tiré du livre à succès du même nom.

    Littérature   
  • La Ballade de Pern d'Anne Mac Caffrey
  • L'Héritage de Christopher Paolini
  • Bilbo le Hobbit de John Ronald Reuel Tolkien
  • Eragon de Christopher Paolini

   Le vrai Dragon  

En effet, il existe réellement un animal vivant
portant le nom de Dragon.

Pas l'air commode d'ailleurs !

En voiçi le portrait :

- Portrait du Dragon de Komodo -

Le dragon de Komodo,
dont l'origine remonte à 140 millions d'années,
colonisait quatre petites îles:
Komodo, Rinca, Padar et Florès.
L’île de Padar n’abrite plus aucun varan.
Au milieu des années 1970, la race s’est éteinte, à cause de
l’absence de proies, exterminées par les braconniers.

Les varans ont miraculeusement survécu aux pires cataclysmes.
Ils doivent sans doute leur salut à une morphologie toute particulière:

  • Epaisse cuirasse d'écailles ossifiées
  • Longues griffes acérées
  • Queue puissante
  • Dentition redoutable digne d'un Tyrannosaure

Armées de soixante dents crénelées,
les mâchoires des varans peuvent s'ouvrir
démesurément grâce à une grande flexibilité des os crâniens.
Les dents recourbées ne laissent aucune chance à la proie.

Un mâle peut mesurer jusqu'à 3 m et peser 140 kg,
 voire plus.



Leur long cou est recouvert d'écailles coniques.
 Les dragons emmagasinent dans leur gueule
 de nombreuses bactéries,
 en provenance des charognes dont ils se nourrissent souvent.

Leur morsure n'est donc jamais bénigne.
 La mort survient au bout de quelques jours,
 des suites d'une gangrène.
 On croyait d’ailleurs à tord autrefois
 que ce varan était venimeux comme ses
 congénères.

En dépit de leur taille, ils sont agiles.
Ils grimpent aisément aux arbres et sont de bons nageurs.
Certains sont capables de nager en mer.

Son gîte, également situé près de l’eau, consiste en un énorme trou
creusé dans le sol, dans l’enchevêtrement des racines
d’un grand arbre le plus souvent.

Habitué à se déplacer seul ou en petits groupes,
ce reptile préfère les habitats couverts par la forêt tropicale.



- La découverte du dragon de Komodo -

En raison de sa taille, les habitants de l'île l'appellent
"buaja darat", le "crocodile terrestre".

Mais, le varan de Komodo n'est pas un crocodile.
Il appartient à la famille des varanidés
dont font également partie les lézards.

Il est le plus grand représentant
de l'ordre des squamates.

En 1910, un aviateur qui a dû se poser en catastrophe sur l'île
a certainement cru que les dragons existaient réellement.
Au 19e siècle, des bruits couraient qu'il existait sur l'île de Komodo
un énorme crocodile.

Ce n'est qu'en 1912 que le directeur du jardin botanique de Buitenzorg, à Java, partit avec des indigènes,
 à la recherche de ce mystérieux animal.
Il captura quatre dragons qui firent sensation.

- Techniques de chasse et alimentation -

Bien que le dragon de Komodo fouille souvent les ordures ou mange des charognes, c'est un prédateur vigoureux et redoutable.

Il attaque et tue des cochons sauvages, des cervidés et des oiseaux
à l'aide de ses griffes incurvées.

Il reste souvent à l'affût pour surprendre ses proies.
Il ne faut pas se fier à son allure pataude.

 Il peut se mettre à courir aussi vite qu'un homme
 quand son ventre crie famine.
 Il se déplace en claquant continuellement sa langue.



Un varan de 52 kg a avalé en 17 minutes
 26 kg de viande.
 Un adulte de 100 Kg peut engloutir
 3 kg de viande par minute.

Les dragons de Komodo suivent la piste
d'une proie en utilisant leur langue
pour détecter les substances chimiques
libérées par l'animal.

Plusieurs dragons peuvent s'associer pour tuer
des animaux de grande taille.



- Protection du dragon de Komodo -

Selon les dernières estimations,
seuls 5 700 varans seraient encore en vie :

  • 2 900 individus sur Komodo
  • 900 sur Rinca
  • 100 environ sur Gili Motong
  • Le reste dans les zones côtières de l’île de Flores
La cause de cette baisse de la population est imputable aux braconniers qui chassent la proie favorite de ce reptile :

le cerf rusa.

Si rien n’est fait, en l’absence de proies, le dernier survivant de la préhistoire
ne pourra vaincre son seul ennemi :
l’homme.

     Les dragons sympas  

 

Le dragon dans notre imaginaire n'a heureusement pas
toujours une apparence effrayante.

Bon nombre de dragons
sont sympathiques

, notamment dans les dessins animés.

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